Voiture électrique: peut-on rouler autosolo et déculpabiliser?

Voitureélectrique AMT/Flickr

Plusieurs dispositions du projet de loi sur la transition énergétique et du projet de loi de finances pour 2015 visent à lancer (réellement) le marché de la voiture électrique. Voiture non-polluante, voici une bonne nouvelle pour nos poumons! Pourtant, la voiture électrique est-elle vraiment la solution miracle? Pouvons-nous déculpabiliser de rouler en voiture si celle-ci est électrique? 

1- La voiture électrique, la solution de demain

La voiture électrique apparaît comme un véhicule propre comparé à la voiture thermique. En effet, lorsque cette première roule, elle n’émet pas de particules fines, responsables des maladies respiratoires et cardio-vasculaires, et n’émet pas non plus de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique. De plus, la voiture électrique est plus silencieuse que la voiture thermique ce qui permet de réduire les nuisances sonores autour des grands axes routiers. Voici donc un véhicule qui permet de déculpabiliser de rouler en voiture. D’ailleurs, selon cette logique, voici ce que j’ai eu l’occasion d’entendre:

« Actuellement, je me déplace à vélo et en bus. J’ai une voiture mais j’essaie de l’utiliser le moins possible parce que j’ai tout de même une petite conscience écologique. Avec une voiture électrique, au moins je ne culpabiliserai pas. Je l’utiliserai beaucoup plus souvent. »

Aborder la question de cette manière prend uniquement en compte la pollution de l’air pourtant d’autres raisons incitent également à réduire l’usage de l’automobile.

2- … peut-être pas complètement

  • Pollution, principale raison de limiter l’usage de la voiture

Si je vous demande « pourquoi est-il nécessaire de limiter l’usage de la voiture? « , vous me répondrez certainement « pour l’environnement » ou « pour réduire la pollution« . Vous aurez bien sûr raison car c’est la principale explication.
En effet, en période de pic de pollution, les pouvoirs publics prennent des dispositions visant à réduire la circulation automobile. On se souvient encore de la circulation alternée mise en place en mars dernier. Solution qui a d’ailleurs été de nouveau évoquée  la semaine dernière pour faire face au pic de pollution de ces derniers jours. Il y a également les normes « Euro ». Elles fixent les limites maximales des rejets de polluants pour les véhicules roulants. L’Union européenne est de plus en plus sévère sur ce sujet et les normes se succèdent.
L’automobile est donc en large partie responsable de la pollution de l’air, mais malheureusement ce n’est pas l’unique problème dont elle est la cause.

  • D’autres raisons pour réduire les déplacements en voiture

La réduction de l’usage de l’automobile est un enjeu majeur pour l’environnement, cependant cette raison n’est pas la seule motivation des politiques publiques. Outre la pollution de l’air, la voiture est également à l’origine de pollution sonore et des embouteillages quotidiens. Bien que la voiture électrique réponde assez bien au premier problème, elle ne résolve pas le second. Par ailleurs, la voiture consomme énormément d’espace qui pourraient d’être réaménagés en espaces verts ou être réattribué aux autres modes de transports afin d’aider leur développement. De plus, force est de constater que l’automobile ne favorise pas l’activité physique, pourtant essentielle. Combien d’entre nous préfèrent chercher une place un peu plus longtemps pour se garer au plus proche des portes du centre commercial?

3- L’électrique ne répond pas à tous les maux causés par la voiture

  • Embouteillages

On constate un engorgement croissant des infrastructures routières qui contribue à la pollution de l’air et à la pollution sonore. Les embouteillages représentent également un enjeu économique majeur. Les effets directs et indirects représenteraient 5,6 milliard d’euros par an, 3,5 milliard d’heures perdues au volant et 568 million d’euros de facture de carburant. Ainsi selon la directive européenne 2010/40/UE, les Etats membres de l’Union devront réduire l’engorgement des routes de 25 % d’ici à dix ans.

  • Consommation d’espace

Une solution pour réduire les embouteillages est de favoriser le report modal, cependant les modes alternatifs ne sont attractifs que lorsqu’on leur offre la place nécessaire pour la création d’infrastructures de qualité. L’espace des rues étant étant contraint, il faut donc revoir le partage de la voirie au détriment de l’automobile. Ces dernières années, cette logique s’observe dans la plupart des villes. A titre d’exemple, Paris a supprimé 85 615 places de stationnement entre 2001 et 2011 pour créer 20 000 places de stationnement vélo, 25 000 places pour le stationnement deux-roues motorisées, 15 700 places mixtes (vélo/ deux-roues), les stations Vélib’ et Autolib’, …

  • Faire de l’exercice pour sa santé

Grâce à la campagne de communication du ministère de la Santé, nous savons maintenant tous qu’il faut faire une activité physique d’au moins 30 minutes par jour pour prévenir les risques de maladies cardio-vasculaires, de cancer, de diabète et la prise de poids. Cet argument est largement repris pour promouvoir la marche et le vélo. Par ailleurs, une étude sur l’obésité menée au Royaume-Uni indique que les usagers des transports en commun possèdent l’indice d’obésité le moins élevé. Une autre étude indique que les personnes les plus satisfaites de leurs déplacements domicile-travail marchent, prennent le train ou font du vélo. Alors pour sa santé et son bien être, ne faudrait-il pas hésiter avant de prendre sa voiture?

4- La voiture électrique n’est pas 100% propre

  • Cycle de vie à prendre en compte

Pour comparer la pollution émise par un véhicule thermique et un véhicule électrique, il est important de prendre en compte l’ensemble du cycle de vie des deux produits.
Comme l’indique ConsoGloble dans ses articles « Duel écologique: voiture à essence vs voiture électrique » et « le (vrai) impact écologique des voitures électriques«  , la fabrication des pièces et leurs transports génèrent une pollution similaire entre les deux types de véhicules. Lors de son utilisation, la voiture électrique consomme de l’électricité produite de manière plus ou moins propre selon les pays et les régions. En France, cela soulève la question du nucléaire: ses risques, la pollution produite par l’extraction de l’uranium et la production de déchets nucléaires. Il faut également prendre en compte la question du recyclage. La voiture électrique nécessite une batterie qui pour le moment à une durée moyenne de vie de 5ans et qui contient des composants toxiques.
En étudiant l’ensemble du cycle de vie, nous nous apercevons que la voiture électrique n’est pas un mode de transport 100% propre comme nous pouvions le penser au départ.

  • La voiture électrique n’est pas un transport « propre »

Certains constructeurs automobiles ont joué la carte du transport « propre » ou « écologique » pour promouvoir leur voiture électrique.  Dans un encart publicitaire, Bluely (Lyon) est qualifié de « très pratique, écologique et économique » tandis que la publicité pour Zoé indique « Pour lutter contre la pollution, roulez en voiture ». Saisi par plusieurs associations le JDP (Jury de déontologie publicitaire) conclu qu’une voiture électrique ne peut être qualifié comme telle car « La publicité en cause incite explicitement les consommateurs à rouler en voiture électrique pour réduire la pollution atmosphérique, alors qu’il existe de nombreux autres moyens de locomotion dont il est communément admis qu’ils sont moins nocifs pour l’environnement, comme les transports collectifs ou le vélo. »

Le remplacement de la voiture thermique par la voiture électrique est plutôt positif car celle-ci participe à la réduction de la pollution de l’air. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que la pollution globale de la voiture est nuancée par l’origine de l’énergie utilisée aux différentes étapes de son cycle de vie. Par ailleurs, la promotion du véhicule ne doit pas se faire au détriment des autres modes de transports, ni désensibiliser le citoyen aux  contraintes de l’automobile car la voiture électrique ne saura répondre à l’ensemble des difficultés posées par la voiture thermique.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s