Le choix modal: l’habitude pèse lourd!

Les actions mises en places pour dissuader l’usage de la voiture consistent généralement à augmenter  son coût économique (péages urbains) ou son temps de déplacement (réduction du nombre de voies, suppression de places de stationnements). Ces actions sont très coûteuses et mobilisatrices d’énergie, en contre-partie on constate souvent que le report modal n’est pas à la hauteur de ces investissements.

Et si, l’habitude des usagers expliquait ces faibles résultats…

  • Notre rationalité biaisée

Alors que Londres augmente le coût économique de l’usage de la voiture en installant un système de péage urbain, Paris choisit d’augmenter son temps de déplacement en procédant à des aménagements facilitant la circulation des autres modes de transports au détriment de la voiture. Ces deux politiques reposent sur l’idée que les individus effectuent un choix rationnel fondé sur des critères sociodémographiques (genre, âge, ressources, localisation, nombre d’enfants). Cependant, le report modal produit par ces actions se révèle être faible. Selon Xavier Brisbois (1), la part de subjectivité dans le processus de décision est sous-estimée. Le choix de l’individu est notamment biaisé par l’habitude.

  • Le poids de l’habitude

Le processus cognitif menant à la décision peut suivre deux types de traitements :
* Le traitement « central ». C’est un processus de décision mené pas à pas. Une attention particulière est portée à la recherche de l’information, puis à la comparaison des différentes options selon les caractéristiques de la situation, permettant à l’individu effectuer un choix qui réponde au mieux à ses besoins. Ce processus s’approche d’un traitement rationnel, mais il est coûteux en temps et en énergie.
* Le traitement « périphérique ». Le recueil d’information et le processus analytique reposent essentiellement sur les connaissances dont dispose déjà l’individu. L’effort accordé à ce traitement est moins important et le processus de décision plus rapide.

Comme X. Brisbois l’explique, un usager confronté pour la première fois à un déplacement va probablement s’approcher d’un traitement « central » afin de considérer les différentes options et choisir celle qui correspond au mieux à ses besoins et contraintes. Au fil des répétitions, l’effort fourni pour le processus de décisions sera minimisé par l’automatisation. On dérive vers un traitement «périphérique».

L’habitude est un comportement stable acquis par la répétition d’actes devenus des réponses automatiques pour faire face à une situation. L’étude d’Aarts, Verplanken & Van Knippenberg (2) montre que plus l’habitude d’utiliser le vélo est forte, plus ce choix modal est dominant et que l’attention portée au but du déplacement et ses contraintes sont moindres. Inversement, moins l’habitude d’utiliser le vélo est forte, plus les modes utilisés selon l’objectif du déplacement varient. L’ouverture aux informations extérieures déclinent avec la montée en puissance de l’habitude, réduisant les possibilités envisageables par l’individu. Dans le cas présent,  la forte habitude de se déplacer en vélo focalise les usagers sur ce mode.

Le choix modal est donc biaisé par l’automatisation du processus du décision. L’habitude minimise la prise en compte des modifications apportées aux situations (météo, transport de bagage, déviation,…) et aux caractéristiques des différents modes de transports (amélioration de la vitesse commerciale des bus, réduction de la vitesse automobile, …). Il n’est donc pas étonnant que malgré les nombreux efforts des politiques de transports pour le report modal les résultats soient mitigés.

  • Propositions d’actions

Les actions impactant le plus les choix modaux interviennent dans les situations où les habitudes de déplacements sont perturbées ou encore peu encrées. C’est le cas lors d’un changement d’emploi, de la délocalisation d’une entreprise, ou d’intempéries (neige). Les aménagements visant à favorisées les transports alternatifs et les actions de communications visant à les faire connaître sont accueillis avec davantage d’attention. A titre d’exemple, l’inscription dans une fiche de poste de la proximité de l’entreprise avec les transports en commun, du remboursement de l’abonnement Transports à hauteur de 50% ou encore de la présence d’un parking vélo peuvent amener les individus concernés à envisager des solutions qui ne leur sont pas habituelles.

(1) BRISBOIS Xavier (2010), Le processus de décision dans le choix modal: importance des déterminants individuels, symboliques et cognitifs.
(2) AARTS, VERPLANKEN & VAN KNIPPENBERG (1997), Habit and information use in travel mode choices
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